Accueil Date de création : 10/03/15 Dernière mise à jour : / 9 articles publiés
 

Au boulot!  posté le lundi 03 mai 2010 14:45

Je m’extirpai douloureusement de ma ford fiesta ce matin-là, après m’être garée devant la Haute Ecole qui m’employait depuis huit ans. Mes exploits de la veille à la salle de sport m’avaient laissé  des courbatures insupportables dans la quasi-totalité du corps. De plus, malgré la fatigue, j’avais été victime d’insomnie, trop occupée à me tracasser à cause du comportement de Pilou. Il avait été froid et distant toute la soirée, comme perdu dans son petit monde qui ne se résumait plus qu’à une seule personne: Paty ! Cependant, j’avais tout de même fait l’effort d’être présentable en l’honneur de cette journée particulière. Je travaillais au secrétariat académique dans une équipe merveilleuse et ce jour-là, nous allions recevoir un nouveau secrétaire académique, qui se trouverait donc être notre chef. Hors, auparavant, il était l’informaticien de l’équipe. Voilà donc un collègue qui avait pris du gallon et si nous redoutions de ne plus jamais pouvoir bénéficier d’un informaticien aussi doué, nous étions tous ravis de l’avoir comme supérieur, car nous savions que nul autre que lui n’était aussi apte à remplir cette fonction. J’entrai dans le bâtiment pour me retrouver dans un grand hall qui donnait sur son bureau, qu’il inaugurait aujourd’hui. Il en sortit à ce moment précis et pour la première fois, je pus le saluer en tant que supérieur :

-« Bonjour chef ! »

Il rigola et je pus voir une lueur de satisfaction traverser son regard. C’était une promotion bien méritée !

-« Bonjour Babette, tu as passé de bonnes vacances ?

-Excellentes ! Et toi ? »

Tandis que nous bavardions, nous atteignîmes la porte du bureau face au sien et alors que je l’ouvrais, je lui disais justement :

-« Prêt à tenir les rennes du secrét… »

Je m’interrompis net, dans la parole et dans le geste. Le spectacle qui se déroulait devant nous résumait à lui seul la complexité de la tâche qui l’attendait : Olivia, ma collègue et amie, était en train de singer un avion, étalée de tout son long sur sa chaise de bureau qu’elle faisait rouler à toute allure, les bras levés, les jambes tendues. Bobby la poursuivait sur sa chaise, mais lui, il était assis, et mimait un mouvement de rameur. Ils nous aperçurent et se relevèrent précipitamment en toussotant. Bobby, qui avait toujours le mot pour rire précisa :

-« Hé ! On n’a pas besoin de gagner au loto pour s’amuser avec nos chaises, nous ! »

Je pus voir sur le visage du chef une double expression, d’un côté une envie irrépressible de rire, de l’autre une crainte de ce qui l’attendait à l’avenir. Nous avions, en effet, appris que peu de candidatures avaient été déposées pour ce poste car visiblement, notre équipe était estimée difficile à gérer. Nous étions donc les cancres de l’école. Ceci dit, notre travail était toujours impeccable et une belle solidarité nous liait tous. Notre réputation était amplifiée par rapport à la réalité. Mon bureau donnait sur celui d’Olivia et Bobby, mais je n’y allai pas tout de suite, me préparai un café et discutai avec mes collègues et notre nouveau chef. Nelly entra à son tour et prit part à la conversation. Elle restait calme et posée, quoi qu’elle dise. C’était probablement la personne la plus sensée du service, mais elle avait parfois des comportements qui contrastaient avec ce calme apparent. A vrai dire, elle était un peu dans la démesure par rapport aux contraintes qu’elle pouvait s’infliger. Par exemple, quand elle avait vu (et avait d’ailleurs été la seule à le voir) un petit bourrelet sur le ventre, elle avait passé son heure de table à faire des abdos devant nos yeux ébahis. Une autre fois, elle avait aperçu une petite poussière sur son bureau et avait entrepris le grand nettoyage du local tout entier.  Il y avait comme cela des choses spéciales qui se passaient au secrétariat académique. Rien de bien méchant, en fait ! Nous n’attendions plus que Marine pour que notre équipe soit complète et nous allions l’attendre encore quelques heures. En effet, notre chef nous avisa qu’elle avait eu un souci et était à l’hôpital. Nous ne connaissions pas les causes profondes de ce souci, mais ne nous inquiétions pas. Nous étions rodés à son sujet, car Marine avait hérité du surnom : « pas-de-chance ». Si un petit pavé devait dépasser d’un trottoir aussi long et large soit-il, il était sûr que ce pavé se soulèverait quand Marine passait pour qu’elle s’étale en beauté. Si un pot de fleurs était mal fixé sur un balcon et devait tomber par terre, vous pouviez être certain que ce pot attendrait patiemment que Marine passe en-dessous avant de tomber. Si un parano se promenait dans la rue et voulait interpeler une personne pour lui faire part du complot qui le menaçait, ne doutez pas que ce parano foncerait tout droit sur Marine. Bref, vous avez saisi l’idée générale. Marine était la personne la plus poisseuse que j’ai jamais rencontrée ! Nous dûmes attendre trois longues heures avant de connaître ses nouvelles mésaventures. Elle entra dans mon bureau, me saluant sans un mot et je sonnai le clairon :

-« Marine est là ! »

Olivia et Bobby rappliquèrent illico, un sourire marquait déjà leurs lèvres dans l’attente des explications de Marine. Nelly se calla confortablement dans son siège et lui jeta un regard vaguement amusé, je vis même un coin de sa bouche remonter légèrement. Un petit sourire en coin se dessinait. Oui, les récits de Marine valaient tous les sketchs des meilleurs humoristes. Elle entama son laïus :

-« Voilà… »

Mais dut s’interrompre tant nos rires fusèrent, nous ne pouvions plus l’entendre. Mais diable, pourquoi ces gens rient-ils aussi bêtement, il n’y a rien de drôle me direz-vous et vous aurez raison. Le simple mot : « voilà » n’a rien de comique. Ce n’était pas pour cela que nous riions, mais plutôt pour l’aspect qu’elle dégageait en prononçant ce mot. Marine était une femme très classique, sans extravagance. Toujours propre, nette, soignée. Mais aujourd’hui, son allure en avait pris un sacré coup ! Il lui manquait une dent. Et pas une dent planquée à l’arrière, ce qu’elle aurait pu masquer en articulant un peu moins que d’habitude. Non, évidemment, il s’agissait de son incisive droite. La grande dent de devant, quoi ! Oui, je sais, ce n’est pas gentil de se moquer, mais nous ne nous moquions pas vraiment, la scène était hilarante ! De toute façon, je fus punie, car rire lorsque on était courbaturée comme je l’étais s’avérait être une véritable torture. Mais en même temps, c’était tellement bon !

Marine ne pouvait s’empêcher de sourire, mais elle posa une main devant sa bouche. Nous eûmes difficile à nous calmer. Mais, nous avions tellement hâte d’entendre les circonstances de cette perte tragique que nous parvînmes à nous contrôler. Elle reprit donc :

-« C’est à cause de mon mari ! »

Une colère sourde résonnait dans sa voix. Ses joues étaient devenues rouge vif. Son mari aurait été présent, qu’il en aurait ramassé plein la figure. Elle était terriblement remontée.

Je connaissais suffisamment Marc pour savoir qu’il ne lui avait pas collé son poing dans la figure aussi fus-je vivement intriguée par la manière dont il avait procédé.

-« Marc t’a cassé une dent ? 

-Non ! Elle n’est pas cassée. »

Olivia mena l’enquête à son tour :

-« Elle est tombée, alors ?

-Non, elle n’est pas tombée ! »

Un petit silence s’abattit sur nous puis Nelly affirma :

-« Pourtant, je t’assure qu’elle n’est plus là !

-Ho ! Si ! Elle est bel et bien là ! »

J’eus beaucoup de peine pour Marine. Il était clair qu’elle voulait nier l’évidence, mais ses voiler la face n’arrange rien. Je l’abordai avec tact :

-« Marine, je sais que ce n’est pas facile. Cette dent t’a accompagnée toute ton enfance, ton adolescence, ta vie d’adulte, elle était là tous les jours merveilleux que tu as passé ! La naissance de ton fils, ton mariage, …

D’une voix stridente, elle m’interrompit : -« Ne me parle pas de mon mariage ! »

-« Bon ! Ok ! Mais bref… il faut t’y résoudre. Cette dent n’est plus là ! Et tant que tu ne voudras pas affronter la vérité, tu resteras édentée… Alors qu’il suffit d’une visite chez l’orthodontiste pour que d’ici quelques jours, une belle dent toute neuve soit placée, et tu auras alors un sourire tout aussi beau qu’avant ! »

Marine commençait à s’impatienter. Elle nous jeta à tous un regard exaspéré et assura :

-« Si je vous dis que ma dent est encore là, c’est qu’elle est encore là ! Allez-vous cesser à la fin ? »

Elle dut constater à nos mines ébahies que nous ne la croyions pas, aussi se mit-elle à nous le prouver sur le champ. Elle s’approcha de moi, releva sa lèvre supérieure, pencha sa tête vers l’arrière et je pus apercevoir un petit morceau blanc sortir de ses gencives. Bobby, Olivia et Nelly me rejoignirent et après un examen minutieux, s’accordèrent avec moi pour dire que sa dent était cassée et qu’il en restait un infime morceau, comme un vestige du passé glorieux qu’elle avait pu connaître. Alors Marine lâcha dans un souffle :

-« Mais vous le faites exprès, ma parole, ce n’est pas possible ! Ma dent est là, rentrée dans ma gencive ! »

Elle désignait un point sur sa lèvre supérieure, juste en dessous du nez. Olivia ouvrait de grands yeux tandis qu’elle dit d’une voix d’enfant émerveillé :

-« Ben mince alors ! Elle est remontée jusque là ? »

Marine confirma, ce qui déclencha une série de rires étouffés. Bobby s’enquit de la manière dont cette nouvelle aventure avait pu avoir lieu.

-« Cette nuit, j’avais très soif. Je suis donc allée dans la cuisine pour prendre un verre d’eau. Je ne prends pas la peine d’allumer la lumière, je connais cette pièce par cœur. Je fonce donc vers l’armoire pour m’emparer d’un verre. Mais j’ai trébuché sur quelque chose de très costaud ! Et je suis tombée dans le lave-vaisselle, la tête la première ! »

Nelly qui ne supportait pas les fautes de français la corrigea :

-« Tu veux dire sur le lave-vaisselle !

-Non ! Je veux dire dans le lave-vaisselle ! Parce-que mon idiot de mari a eu la bonne idée de laisser la porte ouverte ! Voilà ce qui a causé ma chute ! Et en plus la vaisselle était sale ! »

Olivia, Nelly et moi affichâmes une mine dégoutée par solidarité avec Marine, bien que j’estimai que le fait que la vaisselle soit sale n’était pas primordial dans l’histoire.

J’observai la mine réfléchie de Bobby quand il posa une question qui semblait cruciale à en juger son sérieux : -« Ton lave-vaisselle n’a rien ?

-Heu… Non !

-C’est quoi la marque ? »

Marine le regarda stupéfaite : -« Pourquoi ?

-Parce-que le notre est foutu et j’en cherche justement un bon ! Bien solide ! »

lien permanent

La sportive de l'année  posté le lundi 26 avril 2010 14:40

J’arrivai fin prête, du moins le pensai-je, à la salle de sport à dix-huit heures quarante-cinq précises. Pilou n’allait plus tarder : il devait, lui aussi remplir toutes les formalités. Quant à Paty la pétasse, elle viendrait pour dix-neuf heures.

Etienne, l’un des coachs, m’accueillit chaleureusement, ce qui était la moindre des choses, vu la somme mirobolante qu’il m’avait réclamée. C’était, bien évidemment, un très bel homme, bien foutu, sourire ravageur, regard pétillant. Un vrai coach bodybuildé ! Je ne sais pas vous, mais moi, invariablement, quand je me retrouve en compagnie d’un apollon pareil, il faut que j’en rajoute un petit peu. Le besoin de plaire, même si au grand jamais je ne voudrais trahir Pilou, se fait insidieusement ressentir. Je lui offris, moi aussi, de beaux sourires, tandis qu’il m’interrogeait sur ma condition physique.

-« Bien, êtes-vous sportive ?

-Bien sûr, mentis-je, je nage régulièrement, je cours, je fais du vélo.

-Ok ! Allez vous changer, on se retrouve en bas. »

Je gagnai le vestiaire et sortis la tenue choisie avec l’aide de ma cocotte. J’enfilai mon collant noir, mon body/string rose flash, mon bandeau et brassard tout aussi roses. Je nouai mes cheveux et m’engageai dans le couloir. Heureusement, je passai devant un grand miroir qui me rappela ma précieuse discussion avec ma cocotte. Si je voulais porter cette tenue dernier cri (d’après elle), il y avait une condition sine qua non : il fallait impérativement que je rentre le ventre. Effectivement, ce n’était pas une tenue pour le bonhomme michelin. Alors, des fesses rebondies, c’était devenu sexy (merci Jennifer Lopez), mais un gros ballon en guise de ventre, ça ne passait pas. J’inspirai, rentrai le ventre, sortis les fesses et tout avantages dehors, comme dirait mon collègue Bobby, pénétrai dans la salle. Lorsqu’il m’aperçut, Etienne étouffa un rire.

-« Ho… Hem… Vous savez, nous avons aussi une boutique, si vous le souhaitez… »

Un coup d’œil sur l’ensemble des sportifs qui se démenaient m’éclaira sur ce qu’il sous-entendait. Visiblement, la mode avait évolué vers quelque chose de plus classique. Les femmes portaient toutes des training sobres, mais classes. Pas le moindre rose bonbon en vue. Je déglutis péniblement. Etienne me dirigea vers le vélo.

-« Etant donné que vous roulez régulièrement, on va y aller franchement. Vous allez commencer avec vingt minutes de vélo sur huit ! »

Le huit était mon chiffre fétiche. Ça me mettait (bêtement, je vous l’accorde) de bonne humeur. J’enfourchai le vélo, posai mes pieds sur les pédales et voulus commencer. Cependant, ça ne fonctionnait pas. J’appelai Etienne, qui n’avait pas eu le temps d’aller bien loin.

-« Hé ! Ho ! Ca marche pas ! »

Il revint sur ses pas, le regard interrogateur.

-« Les pédales, je pousse, mais ça ne fonctionne pas ! »

Je descendis, lui laissant l’occasion de grimper à son tour et le vis, oh ! surprise ! pédaler à son aise.

-« Il fonctionne très bien ce vélo…

-Bizarre… Bon, j’y retourne »

Etienne me céda la place et resta près de moi, les bras croisés, une expression amusée sur le visage. Je parvins au gré d’un énorme effort, à bouger la pédale de quelques centimètres. Je le regardai, stupéfaite. Ce vélo ne voulait-il fonctionner qu’avec lui ? Sans rien dire, il enleva mon huit porte-bonheur et afficha un deux.

-« Allez-y ! Réessayez ! »

Miracle, les pédales étaient décoincées et je pédalais joyeusement, tout allait très bien.

-« Bon, je reviens dans vingt minutes. »

Je lançais un : « ok, à tout de suite », enjouée et je pédalai, sifflotant un air entraînant.

Etienne fit demi-tour :

-« Ne sifflez pas ! Respirez !

-Ho ! Ca va, c’est cool, je.. »

Mais il s’éloignait déjà en répétant :

-« Respirez ! »

Je ne voyais pas trop de quel droit il m’interdisait de siffler, mais soit ! Je n’allais pas faire d’esclandre ! Je savais me tenir. Je vis Pilou entrer, suivi de Paty et leur adressai un coucou plein d’entrain. Malheureusement, Paty avait un truc à me dire et préféra le hurler plutôt que de s’approcher pour me le souffler discrètement.

-« Hé ! T’es venue déguisée ? On dirait qu’on est retournés dans les années quatre-vingt ! »

Elle éclata de rire. Tout le monde maintenant me regardait, je pris soin de bien rentrer mon ventre. C’était toujours ça de gagné ! Pilou sourit et s’installa sur le vélo à côté du mien. Paty s’occupa de ses réglages.

-« Tu n’as pas de coach ?

-Etienne m’a dit que Paty était capable de s’occuper de moi !

-Ce n’est pas un bon commerçant ! »

Paty, évidemment magnifique dans son pantalon de training noir et son top assorti qui dévoilait un ventre parfaitement plat, prit le vélo de l’autre côté de Pilou en chantonnant : « 118 218, 118 218 ».

-« On n’a pas le droit de chanter, ni de siffler, précisai-je. »

Nous pédalâmes en chœur quelques minutes. Jusqu’à ce que je commence à manquer de souffle, ce que je manifestai bruyamment.

-« Mpffffffff »

J’arrêtai de pédaler en soupirant et descendis de mon vélo pour m’emparer de la bouteille d’eau que Pilou (plus prévoyant que moi) avait apportée. J’en bus goulûment une bonne rasade. Etienne arriva tout de suite.

-« Hé là ! Que faites-vous ?

-J’ai soif !

-Vous devez pédaler vingt minutes !

-Avec des pauses quand-même ?

-Mais non ! Sans pause ! »

Une irritation sourde commençait à gronder en moi. Cet Etienne était vachement casse-pied ! Pilou crut bon d’intervenir en ma faveur :

-« Faite doucement avec elle. Ca doit bien faire dix ans qu’elle n’a plus fait de sport ! »

J’étais vachement déçue. Mon mensonge n’aura tenu qu’une vingtaine de minutes. Je me préparai à répondre, mais à ma grande surprise, je constatai qu’Etienne n’avait jamais été dupe.

-« Ca je l’avais bien remarqué. C’est pour ça que son programme va être ultra light. Alors la moindre des choses serait de s’y tenir ! »

Je n’étais absolument pas d’accord avec lui et le lui fis remarquer :

-« Light ? Vous appelez ça light, vingt minutes de vélo ?

-Sur le 2, oui ! »

Un rire cristallin résonna près de nous. Paty répéta sur un ton moqueur : « sur le deux ! » Pilou sourit à son tour, je l’aurais bien giflé. Etienne me prit par la main et me demanda gentiment de remonter sur le vélo. Je m’exécutai, lasse et résignée et pédalai encore et encore, de plus en plus lentement. Je pouvais voir les pulsations de mon cœur monter en flèche sur l’écran, ce qui était tout à fait inutile, car les bonds que faisait mon cœur dans ma poitrine étaient plus parlant que ce satané écran ! Mais je me résolus à ne plus rien dire et à sagement faire mes exercices qui étaient d’après Etienne le coach, adaptés à ma condition physique. Si Paty et Pilou discutaient, moi, je me contentai de me concentrer sur ma respiration afin qu’elle soit la moins bruyante possible. Finalement, Etienne vint me délivrer et me plaça sur un engin destiné à me muscler les cuisses. Je m’assis et chaque jambe était liée à des poids que j’estimai beaucoup trop lourds. J’en avisai Etienne.

-« Je ne peux pas mettre moins de deux kilos. Allez ! Courage, vous allez me faire deux séries de quinze, en douceur. Pensez à la belle silhouette dont vous rêvez ! »

Encore ce deux ! Pfffffffff, je haïssais ce chiffre dorénavant ! Et je ne rêvais pas d’une belle silhouette ! Je voulais juste éviter de laisser mon Pilou seul avec la piqueuse de mari !  Paty et Pilou me rejoignirent et s’installèrent sur les mêmes machines de torture que moi. Paty m’énervait de plus en plus, chacun de ses gestes étaient gracieux et aérien. La seule trace des vingt minutes de vélo se résumait à de jolies joues colorées de rose, contrairement à moi, qui nageait dans la sueur, et soufflait des narines comme un taureau en furie. Sans compter que moi, je devais rentrer le ventre tout en accomplissant mes exploits sportifs ! J’eus toutes les peines du monde à terminer ma première série. A vrai dire, Paty en avait fait trois que j’achevais péniblement la première et n’envisageais déjà plus du tout d’en faire une seconde. J’appelai Etienne :

-« Voilà, j’ai fini ! »

Il s’approcha souriant.

-« Hé bien ! Vous voyez, ce n’était pas si terrible que ça ! »

Mais Paty se sentit investie d’une mission spéciale pour rétablir la vérité :

-« Ho ! Non, Babette, tu n’as fait qu’une série ! Il est important que tu fasses les deux séries, sinon, tu n’élimeras jamais la graisse sur le haut de tes cuisses ! 

-Tut, tut tut ! Tu te trompes ! Tu te débrouilles mieux pour compter le nombre de robes que tu veux t’acheter que pour compter les séries d’exercices ! »

Le crêpage de chignon ne plut pas du tout à Etienne. Il passa outre nos remarques perfides et me proposa de ne plus perdre une seconde. Il fixa à mes bras des poids de deux kilos et me demanda de refaire deux séries de quinze avant de filer en regardant Paty de travers. Je soufflai mais obéis sagement, tout en observant du coin de l’œil Pilou et Paty qui discutaient d’un air complice. Comment était-il possible qu’ils se soient déjà tant rapprochés ? Cela faisait à peine deux jours qu’elle avait passé la soirée chez nous et avant ça, ils se connaissaient à peine. Ce n’était tout de même pas en une soirée qu’autant de liens pouvaient se créer ! Je me surpris à me demander s’ils s’étaient déjà revus depuis deux jours. Peut-être hier ou ce midi ? Soudain, je me mordis les lèvres pour ne pas hurler. Hier soir, belle-doche avait téléphoné pour demander à Pilou de venir chez elle. Il était parti sans souper et était revenu aux petites heures. Soit belle-doche leur servait d’alibi, soit elle les avait invités tous les deux chez elle. J’en étais de plus en plus sûre, je la connaissais trop bien, elle avait découvert une occasion qu’elle n’avait pas l’intention de laisser filer et s’était attelé à la tâche sans perdre une minute. Oui, mais voilà, je n’avais aucune preuve ! Et mon sixième sens n’était pas un argument de poids en cas de discussion avec Pilou. Le reste de ma séance de torture se passa dans le silence et la résignation. La souffrance de perdre Pilou était tellement plus forte que celle que m’infligeait mes exercices ! Je me comportai comme une automate jusqu’à la fin du cours, obéissant sagement à Etienne, malgré la douleur physique qu’il me causait avec ses exigences. J’aurais été dans mon état normal, j’aurais été si insupportable qu’il m’aurait probablement suppliée de partir. Mais je n’étais plus dans mon état normal. Pilou ne remarqua même pas mon désarroi. A la fin de la séance, alors que nous allions quitter la salle, Etienne m’appela. Paty et Pilou restaient près de la porte, tandis que je retournais près du coach. Il passa un bras autours de mes épaules et me parla à l’oreille :

-« Soyez courageuse, je vois bien que vous passez un mauvais cap ! Revenez me voir demain, on vous choisira une belle tenue ! Ne lâchez pas l’affaire ! De toute façon, le sport ne pourra vous faire que du bien ! »

Je plongeai mon regard de chien blessé dans le sien, qui était doux et réconfortant. Il me souriait et instinctivement, je lui rendis son sourire. C’était quelqu’un de bien, finalement Etienne le coach ! Je lui murmurai un merci avant de m’éclipser et remarquai avec satisfaction que Pilou n’avait rien manqué de la scène et que cela semblait ne pas lui plaire vu les tics nerveux qui agitaient ses sourcils et le haut de sa machoire.

 

lien permanent

Pilou pète les plombs  posté le mercredi 07 avril 2010 16:44

Lorsque les deux pestes furent parties, je fonçai dans ma douche et sortis ma plus belle nuisette. Les petites attaques sournoises que j’avais du supporter toute la soirée avaient évacué toute la fatigue nerveuse que j’avais accumulée au cours de la journée. J’avais vu Paty se rapprocher de mon Pilou et surtout, j’avais pu observer les regards admirateurs qu’il lui avait lancés. Deux solutions se présentaient à moi, soit je râlais et lui reprochais de m’avoir imposé belle-doche et son manège avec Paty la pétasse, soit je lui montrais qu’il avait déjà tout ce qu’il fallait à la maison. Bien qu’une colère sourde grondait en moi, j’optai pour la seconde solution qui était à mon sens plus constructive. J’essayai donc de ravaler ma rage tandis que je me glissai dans la nuisette noire faite de dentelle et de voiles transparents. Je tentai ensuite de prendre une pose suggestive, allongée sur le lit. Je me couchai sur le côté, et posai une main sur le matelas. J’attendis ainsi quelques minutes. Pfff, je n’ai jamais été très patiente. Je pianotai des doigts sur les draps, levai les yeux au ciel et soupirai. Mais que diable pouvait-il bien faire en bas ? J’avais envie de l’appeler " Hé ! Pilou, c’est ton jour de chance, viens un peu voir ce qui t’attend… ". Non, d’abord, ce n’était pas super glamour, ensuite, je risquais de réveiller les enfants. Ho ! Le temps ne passait pas vite dans cette position inconfortable. Je jetai un coup d’œil, inspectant mon corps. Je devais rentrer le ventre. Il n’était pas énorme, mais bon, pas tout plat non plus. Je continuai l’inspection, mes jambes, ça allait, franchement, rien à redire. Mais j’eus un choc en apercevant mes pieds. Mon vernis commençait à s’écailler. Il fallait absolument que je l’enlève. Je dus abandonner ma pose lascive pour foncer dans mon armoire à pharmacie et m’emparer du dissolvant. Je m’installai à nouveau sur le lit, les jambes en tailleur et passai le coton imbibé sur mes ongles qui reprenaient leur couleur naturelle. Je ris, amusée de la brutale différence de situation. J’étais si sensuelle quelques secondes auparavant et maintenant, assise ainsi, tenant mon pied d’une main, j’avais l’air ridicule. Ce fut cet instant que Pilou choisit pour entrer dans la chambre. Il releva un sourcil interrogateur. Mon rire s’arrêta net, j’abandonnai mes ongles à moitié fait et me couchai sur le ventre, lui adressant un sourire coquin.

-" Hé bien ! Qu’est ce qui te prend ? "

Je respirai profondément, je ne faisais pas souvent l’effort d’être sexy, et je ne voulais pas gâcher le moment, mais je sentais néanmoins qu’il ferait mieux de ne pas utiliser ce ton trop longtemps.

-" Je t’attends, mon chéri ! "

Il ne me regarda même pas tandis qu’il s’emparait de son pyjama.

-" Ne te donne pas tant de peine ! C’est pas utile ! "

Bon, très bien, adieu les bonnes résolutions ! J’avais plein de choses à lui reprocher et finalement, il préférait une scène qu’une nuit torride.

-" Tu aurais peut-être préféré que ce soit Paty la pétasse qui t’attende dans cette position ! Tous les mêmes, vous avez échangé votre cerveau contre une zigounette en folie ! 

- Finalement, pourquoi pas ? Je peux très bien passer du temps avec Paty, qui n’est pas une pétasse, contrairement à ce que tu racontes ! Tu passes bien une journée avec Alan ! Je croyais que tu allais avec Séverine à Disneyland !

- Séverine était malade ! J’ai passé une journée à courir derrière tous les enfants ! Je suis vannée et je n’avais pas besoin de passer ma soirée avec ta mère non plus ? Tu ne pouvais pas te passer d’elle une journée, non ? Il a fallu que tu ailles la chercher !

-Forcément, puisque aujourd’hui, des tas de personnes sont venues réparer tout ce qui a été saccagé hier ! "

Je la payais cher cette journée d’hier !

-" Tu as remarqué que Paty ne s’est pas souciée une seconde du sort de son mari ?

- Son ex-mari ! Il l’a quittée pour une femme plus jeune.

- Vraiment ? Ce n’est pas ce que j’ai entendu ! Il l’a quittée pour qu’elle arrête de dépenser tout son pognon !

- C’est ce qu’il raconte ! Moi, je crois Paty, ce n’est pas une menteuse, elle… Figure-toi qu’elle m’a dit que la mère d’Alan se porte comme un charme ! "

La peste, elle avait du s’en donner à cœur joie pendant que je n’étais pas là ! Je poussai Pilou d’un geste brusque et me dirigeai vers la porte.

-" Où tu vas ?

-Chez Séverine !

-Tu ferais mieux de… "

Je n’entendis pas la suite, la porte avait claqué et je descendais les escaliers à toute allure, sentant de larmes de rage couler sur mes joues. Je traversai en toute hâte et bousculai un jeune homme qui promenait son labrador et qui était resté paralysé dès qu’il m’a vue. Je lui hurlai : " Tu veux ma photo ? " avant d’aller sonner chez ma cocotte. Elle m’ouvrit la porte et siffla en découvrant ma tenue.

-" Hé ! C’est gentil, mais tu n’es pas trop mon style cocotte ! "

Mince alors, j’aurais mieux fait de ne pas claquer la porte, j’aurais sûrement entendu la fin de la phrase de Pilou, me prévenant de l’accoutrement dans lequel je sortais et j’aurai ainsi évité d’agresser un jeune voisin.

Séverine me dit de m’installer dans le divan pendant qu’elle alla chercher une bonne bouteille de vin. Lorsqu’elle me rejoignit, me tendant un verre bien rempli, elle lâcha :

-" Cocotte, il va falloir que tu arrêtes ça !

-Quoi donc ?

-Te trimballer dans ces tenues dans le quartier. Hier, en soutien, aujourd’hui, en nuisette.

-Tu as raison… Je vais faire un effort ! "

Personne d’autre ne parvenait à alléger des atmosphères difficiles que ma cocotte, à part ma bibiche… Je vais bientôt vous la présenter elle aussi.

Je lui racontai mon horrible soirée et elle me rassura aussitôt.

-" Pilou est persuadé qu’il se passe quelque chose entre Alan et toi. Il veut juste se venger à travers Paty !

-Comment je vais lui prouver qu’il n’y rien ?

-Dis lui la vérité… Enfin, presque… Dis-lui qu’Alan te court bien derrière, mais que tu n’en veux pas ! Dis-lui qu’il est tombé dans les escaliers parce que tu as évité son baiser… "

Elle éclata de rire à l’évocation de la scène et dit assez bas, comme pour elle-même :-" j’aurais adoré être là, pour voir ça ! ".

-Bonne idée, cocotte… Et pour Paty ? Pour leurs séances de sport ?

-Il va falloir que tu y ailles aussi et que tu sois diablement sexy ! On ira faire les magasins, tu vas voir… ça va être super !

-Je ne peux pas y aller trois fois par semaine ! Je n’ai pas le temps, avec tout le boulot que j’ai à la maison ! Et les enfants ! Il faut qu’ils mangent !

-Ok ! Tu y vas deux fois, je m’occuperai de tes enfants, ils mangeront bien, ne t’inquiète pas ! La troisième fois, j’irai moi ! Tu garderas mes enfants aussi… "

Cette solution me sembla parfaite. Paty allait passer un mauvais moment avec ma cocotte sur le dos ! Nous trinquâmes pour sceller notre pacte anti-garce.

Ce fut le cœur léger que je regagnai ma maison, une heure plus tard. Pilou lisait dans le lit. Il ne releva même pas les yeux. Je m’allongeai près de lui.

-" Ecoute, je ne voulais pas te le dire, je voulais éviter les histoires, mais… "

Il posa son livre et me regarda intensément.

-" Alan me court derrière, c’est terrible ! Il ne devait pas venir aujourd’hui, mais il s’est imposé dès qu’il a vu que Séverine était malade… Il a essayé de m’embrasser et je me suis bougée, c’est comme ça qu’il est tombé dans les escaliers et s’est cassé la jambe ! Je t’assure, il ne s’est rien passé du tout ! Tu peux arrêter de te servir de Paty pour te venger !

-Je ne me sers pas de Paty ! Quelle drôle de mentalité tu as, toi ! "

Il éteignit sa lampe de chevet et me tourna le dos, se couchant sur le côté gauche. Je tapai le sommet de son crâne.

-Tu en pinces vraiment pour Paty ? "

Il se retourna et me dit :

-" Hier, je t’ai vue avec Alan… Tu étais très proche de lui ! Pourquoi ne l’as-tu pas laissé t’embrasser ? A quoi tu joues ? Tu voulais juste son fils pour aller chez ma mère ? Mais ma mère, elle s’entend très bien avec Paty… Alors, peut-être que le problème vient un peu de toi ? "

Il me laissa, là, interdite, et ajouta : -" Maintenant, il faut qu’on dorme ! Demain, boulot ! "

lien permanent

Une soirée trop parfaite  posté le vendredi 02 avril 2010 15:34

Le trajet du retour s’avéra tout à fait différent. Les trois mousquetaires s’endormaient à l’arrière. Ils étaient exténués d’avoir couru toute la journée. J’étais moi-même vannée d’avoir eu à les surveiller tout en évitant les assauts incessants d’Alan. Mais finalement, à la fin de la journée, tandis que les petits monstres étaient montés sur la dernière attraction avant notre départ et qu’Alan et moi les attendions derrière la barrière, Dieu décida de me porter secours. Enfin, Dieu ou les escaliers, ou Dieu au travers les escaliers, je ne sais pas. Toujours est-il qu’Alan réalisa subitement que bientôt, nous nous retrouverions tous dans la voiture et qu’il lui serait dès lors impossible de témoigner physiquement son attirance pour moi. Il avait beau me l’avoir signifiée oralement, j’avais beau l’avoir repoussé le plus gentiment possible, il estimait néanmoins qu’il était temps de passer aux démonstrations gestuelles. Il me regarda, fixement, amoureusement, puis il souleva un sourcil et pinça les lèvres. Je sentis le danger arriver, aussi, mon instinct me dicta de basculer sur le côté droit, tandis qu’il s’élançait avec passion pour atterrir dans mes bras, la bouche en cul-de-poule, prête à effectuer un langoureux baiser. Dans cet élan, il avait fermé les yeux, et c’était bien le point crucial de l’affaire. Car sans cela, il aurait pu voir mon mouvement vers la droite et éviter de dégringoler l’escalier géant que nous venions d’emprunter dans le sens contraire. Ce fut un joli roulé boulé, accompagné d’un concert de bruits métalliques. Je les dévalai à mon tour, mais bien fixée sur mes deux pattes. J’étais plus douée que lui, pour sûr ! Bon, il était clair qu’il ne rentrerait pas avec nous. Sa jambe gauche était complètement tordue au niveau du genou, comme si son mollet n’était plus relié au reste de la jambe. C’était une image atroce. Un instant, je lui en voulus de m’infliger cela.

-« Alan ! ça va ?

-Bof… »

Question idiote, je vous l’accorde, mais dans ces moments là, il est difficile d’étaler toutes nos facultés intellectuelles.

-« Tu as mal ?

-Horriblement ! Pourquoi ? Babette ?

-Je ne comprends pas…

-Pourquoi es-tu partie ?

-Parce-que je ne voulais pas que tu m’embrasses !

-Tu es cruelle avec moi ! »

Ce fut sa dernière phrase avant de s’évanouir. Les secours ne tardèrent pas. Ils m’assurèrent que ses jours n’étaient pas en danger et m’annoncèrent qu’il serait déposé à l’hôpital universitaire de Paris dans le XIIème arrondissement. J’avais donc pris ses clés et conduisais maintenant sa belle BMW, les enfants dormaient et j’écoutais la radio. J’avais appelé Paty la pétasse pour qu’elle récupère Jim chez moi et me voyais déjà ce soir, allongée dans mon sofa, les enfants endormis dans leur lit, Pilou près de moi. Ho ! Oui, je rêvais de cette soirée apaisante !

Quand je me garai devant la maison, j’aperçus la décapotable de Paty. Elle était déjà là. C’était parfait. Je n’avais plus qu’à déposer Carl, rentrer à la maison, elle repartirait avec Jim et j’enfournerais une lasagne xxl dans le four pour toute ma petite tribu, avant de demander à Pilou de faire la vaisselle, tout en battant des paupières pour plus d’efficacité. J’enverrais Max et Lulu prendre une douche et je tournerais enfin le dos à cette satanée journée ! Chez ma cocotte, tout se passa bien. Sa maison était rangée, elle s’était reposée, et même si sa mine n’était pas franchement avenante, on pouvait voir une amélioration depuis le matin.

-« Merci cocotte ! Et où est Alan ?

-Ho ! A l’hôpital ! Il a voulu se jeter sur moi, mais je me suis habilement esquivée. Il a dévalé un escalier…

-Quoi ? »

Je soupirai un oui exaspéré.

-« Dure journée cocotte ?

-Pénible…oui. Enfin, elle s’achève! Paty est là, elle va reprendre Jim puis ce sera repos et décompression pour moi !

-Oui, ça fait déjà bien une heure qu’elle est là !

-Ha ! Mais je lui avais dit pourtant qu’on en avait pour deux heures de route !

-J’ai vu sa voiture vers dix-huit heures… »

Max et moi regagnâmes notre maison en hâtant le pas. En ouvrant la porte d’entrée, une odeur appétissante vint chatouiller nos narines. Je criai :

-« Mmmmmmmmmmm ! Pilou ! Ca sent bon, chéri ! »

Les images défilaient déjà devant mes yeux, j’imaginai la table dressée, un bon plat qui mijotait, je me sentais accueillie comme une reine, la soirée qui s’annonçait semblait trop belle pour être vraie…

Effectivement ! En franchissant la porte du salon, la réalité me rattrapa brutalement. Belle-doche savourait un verre de porto, installée confortablement dans MON fauteuil. Le dos bien calé entre plusieurs coussins, le pied relevé sur MON pouf ! Paty, elle était assise dans le divan, resplendissante, ses cheveux bruns relevés en un chignon magnifique. Elle portait une petite robe rouge qui tranchait sur sa peau admirablement bronzée. Ses yeux bleu acier brillaient de mille petites étoiles. Elle m’offrit un sourire dévoilant des dents blanches impeccablement rangées. Quelle perfection ! Mon Pilou était assis à côté d’elle. Il y avait sur la table plusieurs petits toast apéritif que Lulu mangeait en souriant. La table de la salle à manger était dressée avec la vaisselle que nous avait offerte belle-doche à notre mariage. Vaisselle que je ne sortais jamais. Le problème, et il était de taille, c’était qu’il y avait six assiettes. J’allais devoir supporter belle-doche ET Paty la pétasse en même temps ! Après une journée pareille, j’estimai que c’était lourd. Belle-doche s’exprima la première :

-« Hé ! Regarde, Babette ! Tu peux remercier ton admirable amie Patricia ! Pendant que tu t’amusais, regarde donc ce qu’elle a fait ! Un repas merveilleux nous attend. »

Puis, se retournant vers Paty :

-« Je ne pensais pas que les gens de votre génération pouvaient encore bien cuisiner avant de vous rencontrer… c’est merveilleux ! Les femmes maintenant, n’excellent plus dans ces domaines… au grand détriment de leur mari et de leurs enfants. »

Premier coup de nanny, ça commençait fort. Je répliquai :

-« C’est que les femmes doivent travailler temps plein maintenant… en plus de tout le reste. Vous n’avez pas connu ça, vous… »

Pilou se leva pour m’embrasser et il ajouta :

-« Je crois qu’il est plus épuisant de passer une journée à Disneyland avec les trois petites canailles que de préparer un bon souper. Mais, tu vois, chérie, te voilà déjà soulagée d’un poids. »

Pilou ! Il pensait me soulager d’un poids parce que je ne devrais pas cuisiner. Premièrement, je n’en avais nullement eu l’intention, j’avais prévu de me rabattre sur une lasagne.

Deuxièmement, j’aurais préféré cuisiner les recettes les plus compliquées de la terre plutôt que de passer une soirée avec ces deux convives cauchemardesques ! Paty tapota le divan près d’elle en me disant :

-« Viens donc t’asseoir près de moi, Babette. Tu as du courir dans tous les sens avec les enfants aujourd’hui… Et tu dois être esquintée ! »

J’étais étonnée par son empathie et la fatigue m’empêcha de me méfier. Lorsque je me posai près d’elle, sans trop de délicatesse, elle termina sa phrase :

-« Et on voit bien que tu n’es pas trop habituée à tous ces efforts physiques ! »

Belle-doche rigola, alors que Paty gardait tout son sérieux. Elle sirotait sa coupe de champagne, ce qui provoqua en moi un accès de colère assez brutal. 

-« Qu’est-ce que tu bois ? D’où vient ce champagne ? Pilou ?

-Oui, chérie, tu me l’as offert pour mon anniversaire… ça fait donc six mois. Il était temps de l’ouvrir… »

Je tapai mon pied frénétiquement par terre, espérant que cela suffirait à contenir ma rage. Evidemment, je fins de battre une mesure imaginaire, je ne voulais pas passer pour une hystérique. Mais mon sang bouillonnait dans mes veines. J’avais offert ce magnum « Veuve Cliquot » à Pilou et il m’avait dit qu’il l’ouvrirait pour une occasion spéciale. Ce qui se déroulait ce soir n’avait, à mon sens, rien à voir avec une occasion spéciale, sinon celle de foutre ma soirée en l’air !

Paty me demanda sournoisement :

-« Et si tu m’accompagnais au fitness ? Trois fois par semaine, ça fait un bien fou ! »

Elle attarda son regard sur mon ventre un peu rond et mon derrière un rien trop fourni. Je tâchai de répondre sur un ton aussi mielleux que le sien, mais je ne pourrais pas promettre que j’y étais parvenue.

-« C’est impossible, vu mon emploi du temps ! Je travaille, je n’ai pas de femme d’ouvrage, deux enfants à élever, tu comprends.. Heu.. Non, tu ne peux pas comprendre, mais essaye d’imaginer. »

Je pris la coupe que Pilou me tendait. J’étais fière de ma réponse qui aurait du lui clouer le bec. Je portai triomphalement la coupe à mes lèvres.

-« C’est dommage, hein, Paul ? On aurait bien aimé qu’elle vienne avec nous ? »

Si cette phrase n’avait pas été prononcée alors que je buvais une bonne rasade de champagne, je ne me serais pas étouffée et je lui aurais sauté dessus. Au lieu de cela, je dus attendre une bonne minute avant que ma quinte de toux ne s’estompe et l’épuisement m’empêcha de la frapper.

-« Ho ! Vraiment ! Pilou, tu vas faire du sport ? »

Ce fut belle-doche qui répondit :

-« Oui, il serait peut-être temps ! Je suis contente que Patricia l’ait boosté ! Je trouve cela merveilleux, une femme sportive, qui sait cuisiner, motiver les autres à se dépenser… » Puis, à nouveau pour Paty : « Je vous aime beaucoup ! Vraiment ! »

Paty la pétasse lui répondit par un sourire enjôleur. Je lâchai :

-« Oui… ça ne m’étonne pas que vous vous entendiez si bien ! »

Ainsi, belle-doche essayait carrément de lui foutre une autre femme dans les bras, et Paty la pétasse marchait dans son jeu, certainement à l’affut d’une autre carte bancaire, étant donné qu’elle n’aurait plus celles d’Alan. Mais elles touchaient à l’intouchable. Mon Pilou était un homme en qui j’avais toute confiance. Jamais elles n’y parviendraient ! Je l’enveloppai d’un regard affectueux tandis qu’il portait un plat sur la table et criait :

-« Ho ! Paty, ce que tu as préparé sent divinement bon ! Tu as des talents cachés ! »

Elle le rejoignit et murmura  un truc que je ne compris pas. Ils partirent d’un grand éclat de rire tous les deux. Belle-doche me fixait, amusée.

Très bien, après réflexion, il est possible que je doive défendre mon territoire.

lien permanent

Le revers de la médaille  posté le jeudi 01 avril 2010 13:39

Le lendemain matin, je m’étirai dans mon lit, prête à savourer un dimanche ensoleillé quand Max entra en trombe dans un hurlement de guerre et fit un bond impressionnant pour atterrir sur ma vessie.

-« Hé ! Salut trésor ! »

Il m’embrassa chaleureusement puis cria :

-« Aujourd’hui, on va à Disneyland ! Youpie ! »

Je me frottai les yeux.

-« Oui, oui… Youpie ! Mais on va d’abord prendre un bon petit déjeuner ! »

Pilou bondit à son tour.

-« Comment ? Disneyland ? Mais qu’est-ce que c'est pour une histoire ?

-T’inquiète, tu ne dois pas nous accompagner… On va avec Séverine, Jim et Carl.

-Tu aurais pu me prévenir tout de même ! »

Oui, il avait raison, mais bon… j’avais oublié avec tous ces événements ! D’abord Alan qui me faisait de l’œil, puis la crise de jalousie de Pilou pour finir avec l’opération sabotage chez belle-doche… J’avais la tête un peu pleine hier ! Je lui caressai l’épaule :

-« Désolé, chéri. Ça s’est décidé comme ça, hier… Tu veux venir avec nous ?

-Non, merci ! Amuse-toi bien avec les trois petits en furie ! »

Le ton était ironique. C’est vrai qu’ils nous avaient montré l’étendue de leurs talents et je me demandai instamment si ma cocotte et moi ne présumions pas de nos forces pour passer toute une journée dans un grand parc d’attraction avec eux. Mais d’un geste, je balayai ce nuage sombre qui se dressait à l’horizon. Tout se passerait bien !

Je dressai la table, en sifflotant, toute heureuse. J’étais, depuis la veille, dans un état de bien-être total. Lulu s’installa avec nous et  nous mangeâmes un petit déjeuner copieux, fait de croissants et pains au chocolat que j’avais passés au four.

-« Dis, Lulu, tu nous accompagnes à Disneyland ? »

Il fit une petite grimace.

-« Non, merci ! Je n’aime pas les parcs d’attraction !

-Allez, trésor ! On va bien s’amuser !

-Tu parles, on va juste passer la journée à essayer de ne pas perdre Jim, Carl et Max ! »

Pilou partit dans un grand éclat de rire que je jugeai déplacé. Puis il intervint :

-« Lulu et moi, on va se faire une journée DVD ! Qu’est-ce que t’en dis ?

-Oui ! Super ! »

Pfffff ! Une journée DVD, quand je proposais de l’emmener à Disneyland ! On aura tout vu !

Le temps pressait. Max et moi nous préparâmes en quatrième vitesse avant de filer chez Séverine.

Quand elle nous ouvrit la porte, j’observai des cernes monumentales qui soulignaient ses yeux fatigués. Elle se poussa pour nous laisser entrer en murmurant un faible : « salut cocotte ».

-« Hé bien ! Qu’est-ce que tu as ?

-Je suis épuisée ! Ils n’ont fait que des bêtises ! Regarde un peu dans quel état est ma maison ! »

Effectivement, le salon n’était plus qu’un amas de jouets dispersés. Jim sautait dans le fauteuil tandis que Carl escaladait le buffet. J’étais fort étonnée. Je connaissais bien ma cocotte et elle était de nature à faire obéir les enfants les plus dissipés.

-« Mais, enfin…

-Oui, je sais ce que tu vas dire… Mais j’ai pris froid, j’ai de la température, je tousse… pfffff. Je ne suis pas apte à me faire obéir aujourd’hui ! »

Ca tombait plutôt mal. S’il y avait bien un jour où il fallait que les trois canailles obéissent, c’était aujourd’hui. Je pestai contre ce coup du sort.

-« Il aurait fallu qu’un homme nous accompagne… un homme qui a de la poigne…

-Oui, mais Chris est parti maintenant, c’était hier qu’il était disponible ! »

Le ton était tranchant. Comme elle devait se sentir mal pour me parler aussi sèchement ! Je ne relevai pas.

-« Au fait, il lui a plu mon cactus ? »

Un faible sourire s’échappa de ses lèvres.

-« Il était merveilleux ton cactus ma cocotte ! »

Les enfants enfilèrent leur veste et nous nous dirigeâmes vers la porte d’entrée (de sortie en l’occurrence), il régnait une ambiance joyeuse à l’idée de ce périple. Sauf pour ma pauvre cocotte qui se surpassait par amour pour ces petits.

D’un geste vif, j’ouvris la porte et reculai d’un bond, horrifiée par le spectacle qui se déroulait devant mes yeux. Il se tenait droit et fier comme un pan, bombant légèrement le torse. Un sourire accompagné d’un regard de grand séducteur sûr de lui m’enveloppaient, ce que je ressentis comme une intrusion particulièrement désagréable. Quand il s’approcha pour m’embrasser au coin des lèvres, je sentis son parfum trop prononcé et je frissonnai d’horreur. Il interpréta mon frisson de la mauvaise manière, la manière diamétralement opposée à la réalité. Se sentant encouragé, il posa une main délicate sur mon épaule et me fit un clin d’œil, l’imbécile ! Je tapai sa main, ce qu’il prit pour un jeu, puisqu’à son tour, il me tapa la main en riant bêtement. Je pataugeais dans la mélasse. Il me fallait l’intervention de ma cocotte. Je lui adressai un regard suppliant, mais elle ne le vit pas.

-« Hé ! Alan ! Qu’est-ce que tu fais là ?

-Je me suis dit que j’allais aller avec vous ! Plus on est de fou, plus on rit, hein ! »

Cette bête phrase était accompagnée d’un second clin d’œil qui se voulait complice. La nausée commençait à poindre le bout de son nez. Je répliquai vivement :

-« Impossible ! Il n’y a pas assez de place dans la voiture ! »

A ce moment, Séverine et lui se saluaient et il constata sa mine épouvantable.

-« Bon sang ! Toi, tu es malade !

-Oui ! Pffffff ! Mais bon, ça passera !

-Et tu comptes passer toute la journée à Disneyland ?

-Je tiens toujours mes promesses, tu sais !

-Mais enfin… Babette et moi pouvons très bien nous occuper d’eux ! »

Je vis l’expression soulagée de Séverine, celle toute réjouie d’Alan et m’accrochai au bras de ma cocotte désespérément.

-« Mais non, voyons ! Cocotte, tu sais, à eux trois, il vaut mieux que tu sois là ! Tu as de la poigne… »

Alan ne lui laissa pas le temps de répondre :

-« Pas dans son état ! Et puis, moi aussi, j’ai de la poigne ! »

Elle se rallia à ces propos, sensés, certes, mais en mon total désavantage ! Je la regardai avec effroi embrasser Carl avant de rentrer chez elle, me laissant seule avec mon don juan qui était, à mes yeux, la réplique exacte du Dr Jekyll et Mr Hyde. Nous embarquâmes tous dans sa BMW, qu’il démarra en faisant crier les pneus. Il haussa les sourcils, deux fois, très vite, me sourit puis, me fit un troisième clin d’œil. Il pensait vraiment que nous deux, c’était une affaire qui roulait ! Comment diable allai-je me dépêtrer de cette situation sans éveiller le monstre qui était en lui ?

-« Tu étais magnifique hier !

-Heu… Merci ! »

Je regardai mon vieux jeans, mon simple tee-shirt blanc et noir, mes vieilles baskets et remerciai le ciel de cette heureuse coïncidence. Je ne pouvais pas être moins glamour. J’imaginai que je parviendrais facilement à effacer l’image que j’avais donnée la veille après quelques heures passées dans cet accoutrement.

-« Mais tu sais, c’est très rare que je soigne mon apparence… Je n’en ai pas le temps ! Le ménage, les enfants, les courses… ça passe avant ! 

-Ca me plaît ! Moi, je sais à quel point tu peux être belle ! Les autres n’ont pas besoin de le savoir !

-Pilou, si ! »

Il grimaça en grognant :

-« Ouais… lui, il était là avant moi ! Je ne peux rien dire ! »

Je le regardai éberluée. Mais pour qui donc se prenait-il ? Les enfants, qui chahutaient à l’arrière n’entendaient rien de notre conversation. Je me permis donc de continuer :

-« Tiens, comment va Paty ?

-Ho ! Ne t’inquiète pas pour elle… C’est terminé ! Je l’ai quittée la semaine passée. »

J’éprouvai un profond sentiment de lassitude. C’était comme si tout ce qui pouvait me servir d’argument me filait entre les doigts. Evidemment, je ne ressentis aucune peine pour Paty que nous surnommions « Paty la pétasse ». Elle ne le méritait pas. C’était une femme qui devait bien mesurer un mètre septante cinq pour cinquante cinq kilo. Elle était mince de partout sauf des roploplos et elle exigeait que chaque femme soit aussi irréprochable qu’elle physiquement, sous peine de réflexions désobligeantes. Elle avait fait de brillantes études de philologie, mais avait préféré finalement ne pas utiliser ses connaissances, privilégiant le shopping que les cartes bancaires bien remplies de son mari lui permettaient d’exercer, le cœur léger.

-« Mais enfin… Pourquoi ?

-Parce que j’en avais marre de servir de banque ! Tu vois, Babette, finalement, c’est une femme comme toi que j’aurais dû épouser ! »

C’était un joli compliment, mais au lieu de me faire du bien, il me fit peur.

-« Ne dis pas de sottise ! Paty est magnifique !

-Oui, je sais, elle est très belle. Mais il vaut mieux avoir une femme pas trop belle, justement, qui s’occupe de son petit mari, ses enfants, son ménage, … »

Je ne pus m’empêcher de grogner :

-« J’te remercie ! »

Je le regrettai aussitôt, maudissant mon impulsivité. Evidemment, il avait pris cela pour de la jalousie.

-« Ce n’est pas ce que je voulais dire. Désolé ma Babette, je voulais juste…

-Je ne suis pas TA Babette !

-Allez, ne fais pas ta mauvaise tête. Paty ne t’arrive pas à la cheville ! Toi, tu es belle à l’intérieur ! Et j’ai eu un petit aperçu de l’extérieur quand tu t’occupes un peu de toi… Babette, tu me plais ! »

J’eu envie de hurler :  « au secours ! », mais je m’abstins. A quoi bon ?

-« J’ai Pilou, tu sais…

-Oui, je sais, je sais. Ça ne doit pas être facile tous les jours !

-Et pourquoi, je te prie ?

-Il est très mou… Toi, tu as besoin d’un homme, un vrai ! »

Je voyais très bien qu’il s’estimait être l’homme, le vrai. Il n’était pas tout à fait faux de dire que Pilou n’était pas particulièrement énergique, mais de là à dire qu’il était carrément mou !

-« Non, il n’est pas mou ! Il a un caractère facile, lui ! »

Il me jeta un regard noir, traversé par une lueur de colère, sa mine changea du tout au tout. Je retrouvais le Alan des mauvais jours. Il haussa le ton, au point que les enfants se turent aussi sec.

-« Tu insinues que j’ai des sautes d’humeur ? »

Sa veine battait vigoureusement dans son cou, ce n’était pas bon signe.

-« Absolument pas !

-Tu as dit:« il a un caractère facile, lui ! »

-Pas du tout…

-Ho ! Mais si !

-Non ! Je n’ai pas dit ça !

-Ha ! Vraiment ?

-Oui, incontestablement !

-Et qu’as-tu dit alors ?

-J’ai dit : « il a un caractère facile, OUI ! »

Ses yeux trahissaient une certaine méfiance, mais sa veine avait repris sa place normale. Je lui adressai discrètement un « Chutt » comme une maîtresse d’école qui voudrait calmer un élève réfractaire en désignant les enfants à l’arrière, qui recommençaient déjà à chahuter. Alan ne les traumatiserait pas car finalement, ses petites crises les accompagnaient depuis le berceau. Ce qui n’était pas mon cas. Aujourd’hui, Alan allait me traumatiser à moi toute seule ! Sans personne pour me soutenir. L’addition pour ma réussite de la veille chez belle-doche se révélait salée ! Je respirai profondément, lentement, décidée à me relaxer et j’aurais pu y arriver s’il avait seulement été capable de se taire cinq minutes.

-« Je comprends que tes sentiments te bousculent, ma Babette ! On va faire ça en douceur ». Puis,  pris d’une illumination, ses yeux s’écarquillèrent comme s’il tentait une maladroite technique d’hypnotisme. Il murmura : « Babette, tu sais, finalement, je suis un homme tendre. »

Tu parles !

lien permanent



 

fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à babette

Vous devez être connecté pour ajouter babette à vos amis

 
Créer un blog